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break down , break apart , lose yourself , fall down ※ IRIS

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MessageSujet: break down , break apart , lose yourself , fall down ※ IRIS Lun 18 Déc - 15:22

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break down , break apart , lose yourself , fall down
ANNA MORELLO AND IRIS GILMORE ※
She picked something from her table and walked towards her bed. She smiled lightly and sat down slowly. “I will never meet a lot of people. I will never be able to know and understand why people act the way they do. Even if I still can’t understand them perfectly, I knew that I can relate to what they were going through. Some things will never happen, some lessons will not be learned. And some of the greatest people I met will be forever strangers to me. Yes , I will never be able to tell you the wonderful memories—if that one thing never happened to me. If it occurred differently. I will not be talking about the stars if I haven’t experience the darkest of nights. I will not be mesmerized by how the sun rises if I wasn’t awake until it comes. I will not be in love with the sunset if I wasn’t waiting for the day to end. I will not be talking about heartbreak if it doesn’t happen to me. I will not be moved by sad movies if I never felt pain. I will not be talking about deep meanings behind things if I only used my eyes for trying to realize something. I will not be here if I made a different decision. If I chose a different option.”


Il y avait des journées où l'insupportable devenait moins supportable, où la fatigue parvenait à prendre le dessus sur cet esprit éveillé. Parce qu'il y avait de ces jours où les nombreuses heures de sommeil se faisaient sentir, où certaines remarques de titulaires se frayaient le chemin dans sa boîte crânienne, où les regards d'autres internes étaient plus durs à porter. C'était rare que des symptômes se manifestent pour celle à la volonté de feu, celle qui avait cette détermination ravageuse. Une détermination qui l'avait permis de survivre plus de deux années dans des pays où atroce était un mot du langage courant, où les yeux étaient obligés de se poser sur ces corps maigres, où chaque os était visible. Elle avait vécu pire que des heures aux urgences, que des nuits complètes à suturer des plaies, que des patients vomissant sur ses chaussures, que des cas impossibles à soigner. Elle était supposée être habituée, ne pas se laisser atteindre, ou contrôler ses émotions. Et la plupart du temps, elle y parvenait, elle en était capable parce qu'elle avait ce côté méthodique, parce qu'elle pensait comme une chirurgienne. Elle se comportait en parfait robot, réfléchissant rapidement pour savoir comment appréhender chaque situation. Elle avait des gestes précis, ne perdant pas son sang froid si une opération se compliquait, si les moniteurs venaient à dérailler laissant supposer que l'organisme du patient lâchait peu à peu. Elle n'était pas comme toutes les autres internes envahis par le stress à la seconde où le malade étendu sur ce brancard voyait les pulsations de son palpitant s'emballer ou au contraire s'arrêter. Il y avait des personnes faites pour ce métier, d'autres ayant le besoin de travailler d'arraches pieds durant des années pour y parvenir. Pour maîtriser toutes les techniques, pour comprendre toutes les logiques de la chirurgie. Anna Morello avait toujours eu de la chance, elle faisait partie de la première catégorie. Sauf qu'étrangement au lieu de se reposer sur ses acquis, au lieu d'attendre que le talent naturel prenne le dessus sur le reste, elle l'avait cultivé pour continuer de progresser. Pour être persuadée de ne pas laisser de place à un scalpel incertain. Pour être armée devant toutes les pathologies possibles. Elle n'était pas invincible, pas encore chirurgienne et constamment en formation. Jour après jour, elle continuait d'apprendre, d'écouter ses titulaires pour qu'ils lui enseignent ce qu'elle avait besoin de savoir. Elle faisait de son mieux, refusant d'échouer. Parce que chez elle, l'échec n'était pas permis. Elle n'aimait pas devoir vivre avec la défaite. Ce n'était pas quelque chose qu'on lui avait appris, une capacité qu'elle avait, car pour elle toutes les vies méritaient d'être sauvées. Tous les êtres humains devaient avoir la possibilité de vivre, peu importe les plaies marquées sur le corps ou le mal rongeant leurs organes. Et c'était cette croyance qui l'avait poussé à devenir médecin. A prendre la route vers la chirurgie comme son père et son frère. Sauf que cette fois, elle s'était laissée atteindre, ses sentiments avaient pris le dessus car ce patient n'était pas une personne parmi tant d'autres. Il avait quelque chose qui la touchait, lui rappelant tous ces êtres qu'elle avait rencontré en Afrique. Ce n'était pas sans raison qu'elle avait senti son organe vital battre plus fortement. Un petit garçon de huit ans était arrivé aux urgences, renversé par une voiture. Elle l'avait vu, elle s'était approchée près de lui, elle l'avait ausculté, observant toutes ses plaies de ce petit être. Puis elle avait pu observer le regard de ses parents adoptifs tandis qu'ils lui expliquaient toute l'histoire. Ils avaient tout raconté, comment ils l'avaient rencontré dans un orphelinat en Syrie, comment ils avaient décidé d'adopter cet orphelin n'ayant connu que les éclats de bombe et la violence dans ce pays en guerre. Sans comprendre comment, elle avait revu toutes les images gravées dans sa mémoire, elle s'était rappelée de la misère des enfants sur place, de ceux qui avaient sangloté dans ses bras et de tout ceux qu'elle n'avait pas pu sauver. Et instinctivement, elle s'était liée à ce petit garçon qu'elle connaissait pas, qui n'était personne pour lui, qui ne représentait rien en apparence mais tellement dans le fond. A elle-même elle s'était fait la promesse de le sauver, de veiller à le soigner. Sauf qu'ils n'avaient rien pu faire. L'hématome cérébrale était trop étendu et s'ils s'étaient battus pendant de longues heures dans la froideur de ce bloc opératoire, ils n'avaient pas pu prendre le dessus sur l'importance des blessures. Elle avait assisté à l'opération, tentant d'apporter son aide, elle qui n'était qu'une petite interne mais qui se sentait obligée de faire quelque chose. Pourtant depuis plusieurs minutes, elle se tenait immobile, les pieds fixés dans le sol, n'écoutant plus que le bruit du moniteur annonçant qu'il était trop tard. Que l'impossible ne pouvait pas devenir possible. Pas même pour des médecins se prenant pour Dieu. Elle n'avait pas réussi à bouger, à faire quoi que ce soit, pris dans ce vertige l'enveloppant. « Morello vous devriez aller voir la famille », la voix du résident parvint à ses oreilles, la sortant de sa torpeur. Elle leva les yeux, l'observa une seconde, se demandant pourquoi on lui imposait cette torture. Pourquoi c'était à elle de briser leurs existences avec quelques mots. Néanmoins, écoutant les ordres, elle quitta cette pièce stérile se dirigeant vers cette salle d'attente où le père et la mère l'attendait. Où elle allait réduire à néants tous les espoirs qu'ils pouvaient encore avoir. Devant eux, elle fit de son mieux pour rester stoïque, pour ne rien laisser paraître, emportée par son discours préfabriqué de médecin. Elle entendit les sanglots de femme s'abattre sur elle tel un torrent dès qu'elle prononça cette petite phrase. Une phrase pour changer toute une vie. Elle resta près d'eux, fit de son mieux pour les soutenir, toutefois quand enfin il fut possible pour elle de fuir, elle s'empressa de disparaître rapidement. Et si en temps normal, elle se serait empressée de tenter de trouver Aidan, ne sachant pas s'il travaillait, elle marcha sans faire attention au reste pour s'enfermer dans les vestiaires. Dans un coup rageur, elle frappa son casier avant de venir poser sa tête sur la structure métallique, inondée par ce flot d'émotions avec lequel elle n'était pas habituée à vivre. Qu'elle ne connaissait pas si bien mais cette soirée était différente et cette opération la touchait au plus profond d'elle-même. Les yeux fermés, elle laissa les vagues la happer de longues secondes, ne remarquant même pas la porte qui s'était ouverte, ni la silhouette qui s'était avancée dans la pièce. Ce fut le bruit des pas qui atteignirent ses tympans. Derechef, elle se retourna, gênée qu'on ait pu la voir ainsi. Qu'on ait pu assister à un pareil spectacle. Heureusement la silhouette qu'elle découvrit la rassura immédiatement. Ce n'était pas n'importe qui, qui se tenait devant elle, ce n'était pas un quelconque chirurgien risquant d'aller répéter cet incident à tout le monde. C'était Iris. C'était sa meilleure amie avec Liv. C'était quelqu'un pouvant la comprendre avec qui les mensonges n'étaient pas obligatoires. « J'ai cru que c'était quelqu'un d'autre. », souffla-t-elle calmement. Elle inspira profondément pour calmer cette vague qui trônait dans sa tête. Cette vague qu'elle n'allait pas laisser la noyer. Néanmoins devant Iris, elle ne se sentait pas obligée de faire apparaître un sourire sur ses lèvres, de faire croire que tout allait bien et qu'elle n'était pas éprouvée par cette opération qu'elles avaient vécu toutes les deux. « Je suis désolée pour le casier. Promis je le remplacerai. », annonça-t-elle avant de rire tout en montrant le résultat de son poing ravageur. Elle était ainsi, elle explosait, elle avait le feu en elle et elle ne pouvait pas s'en empêcher. Même quand elle affichait tout le temps, un visage froid, dénué de sentiments, ce feu sommeillait en elle.
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MessageSujet: Re: break down , break apart , lose yourself , fall down ※ IRIS Mer 20 Déc - 0:14


“You never come back, not all the way. Always there is an odd distance between you and the people you love and the people you meet, a barrier thin as the glass of a mirror, you never come all the way out of the mirror; you stand, for the rest of your life, with one foot in this world and no one in another, where everything is upside down and backward and sad.”
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Il y a ces fractions de secondes où l’air quitte ses poumons et ne semble pas vouloir y retourner. Il y a ces moments où ses paupières restent closes une seconde de trop, où son esprit épuisée combat sa volonté pour lui faire comprendre qu’elle a besoin de souffler, de retourner chez elle, de dormir plus de deux heures. Il y a cette peur aussi, cette angoisse qui grandit dans son abdomen chaque fois qu’elle ferme la porte de sa chambre derrière elle, chaque fois que le silence s’abat sur sa personne, chaque fois que son regard croise son reflet dans le miroir. Un vide sinistre et sombre, une forme fantomatique qui danse constamment dans un coin de sa tête pour lui murmurer les mots les plus terribles qu’on puisse entendre. L’angoisse qui la tétanise sur place, qui rend chaque parcelle de son être si lourd que chaque souffle semble être un combat. Au final, il y a cette guerre interne entre l’épuisement et l’angoisse, une guerre qu’elle ne peut gagner d’aucune façon. Elle garde donc tout ça dans un coin de sa tête, dans un tiroir verrouillé à clé, sous l’épaisse glace qui recouvre chacun des sentiments qu’elle ne désire pas ressentir. Tous ces sentiments négatifs restent prisonniers de cette glace compacte qui caractérise Iris Gilmore au point qu’il s’agit de la première chose qui revient quand ses collègues parlent d’elle. Ces sentiments ont des noms, des personnalités, des causes. La colère qu’elle ressent envers sa propre famille depuis le dernier repas en leur compagnie, celle qui la ronge de l’intérieur vis-à-vis ce conducteur ivre qui a percuté sa soeur et qui ne s’est jamais arrêté pour lui venir en aide. La tristesse étouffante qui l’a envahit après la mort de sa soeur, côtoyant la culpabilité de ne rien avoir pu faire pour cette aînée qu’elle a tant aimé malgré l’amertume qu’elle a jadis pu ressentir pour elle, la jalousie de ne pas être autant aimé de leurs parents, la culpabilité de l’avoir trahie, sans qu’elle n’en sache rien, d’avoir porter pendant un bref moment l’enfant de celui qui était destiné à devenir son époux. La souffrance qui ne le quitte pas depuis cette fausse-couche, le dédain qu’elle a envers elle-même chaque fois qu’elle y pense. Il y a aussi ce mélange de sentiments conflictuels envers Niels qui restent également coincé sous la froideur arctique de la brune. Elle sait que si cette glace se fissure, elle ne pourra retenir le flots de sentiments qu’elle garde sous silence et c’est ce qui fait d’elle une si bonne chirurgienne. Elle ne se laisse pas guidée par ses émotions, elle sait prendre des décisions qui déchirent, qui brisent le coeur, qui martyrisent l’âme. Elle sait que c’est un de ses points forts tout comme elle sait que ça la mènera à sa perte. Iris fut de ces enfants réservées et sensibles, trop brillante pour son âge, elle n’a jamais eu beaucoup d’amis, elle n’a jamais eu de réel intérêt pour les sciences sociales. Elle est l’enfant qui connaissait le nom de chaque os du corps humain à l’âge de sept ans, celle qui comprenait le fonctionnement du système respiratoire à neuf ans. Elle ne croyait pourtant pas qu’elle finirait chirurgienne à l’époque. Elle désirait être astronaute, astrophysicienne ou quelque chose du genre. C’est la médecine qui l’a choisit, du moins, c’est ce que son père a eu tendance à dire jadis, avant de lui cracher en plein visage qu’elle est le pire médecin qu’il puisse exister. Et aujourd’hui, elle en a l’impression. La chirurgie devait être facile, quelque chose de simple, un hématome cérébrale comme elle en voit des centaines chaque semaine. Elle sait pourtant que chacun des patients est différent. L’enfant qui s’est retrouvé sur sa table d’opération a une histoire immonde, quelque chose qu’aucun enfant ne devrait vivre. Il a vécu la guerre, il connaît intimement la mort et quand il a finalement une chance de vivre une vie digne d’un enfant, il se fait percuté par une voiture. Elle l’a vu, dans les yeux d’Anna, ce désir féroce de sauver cette vie qui lui importe infiniment tout en sachant que ce n’est jamais réellement à eux de décider. Iris l’a su dès le début de l’opération, dès qu’elle a vu l’étendu de l’hématome. Elle a comprit que s’ils lui sauvent la vie, il y aura de grandes conséquences. Des conséquences qu’ils ne connaîtront jamais parce que le petit patient n’a pas survécu. Elle a regardé ses signes vitaux s’emballer sur les moniteurs, le chirurgien général essayer de stabiliser le patient pendant qu’elle essayait de contrôler les dommages fait au cerveau. Tout ça fut inutile. Derrière son masque, la brune souffle, observe ses gants tachés de sang, l’abattement prenant place dans sa poitrine alors que la fatigue la frappe soudain. Des heures. Elle a mit des heures à essayer de sauver une vie qu’elle a perdue. Ses prunelles presque translucides se posent sur le visage défait d’Anna qui reste là, essayant de comprendre, de se faire à l’idée qu’on ne peut sauver tout le monde. « Morello vous devriez aller voir la famille » La neurochirurgienne tourne son visage vers son collègue qui vient de prononcer ces mots d’un ton plat, un ordre lancé d’un ton sans équivoque qui rappel à Iris ses années d’internat, à une époque où elle était plus tendre. Son amie semble hésiter une fraction de seconde avant de quitter le bloc pour rejoindre la famille, pour détruire des vies comme jamais quelques mots peuvent le faire. Lentement, elle s’éloigne du corps de son patient, retire ses gants un à un, laissant le latex claquer dans le silence épais. « Ce n’était pas nécessaire. » Le résident l’observe de ses prunelles sombre, le visage fermé alors qu’il s’approche de la porte battante du bloc pour la laisser seule avec le corps. « Elle doit apprendre, Docteur Gilmore.» Il l’a quitte sur ces mots, la laissant seule dans le bloc opératoire et elle soupire. Elle n’a pas cette sensibilité à fleur de peau qu’elle voit dans certains de ses internes, elle n’est pas non plus de ces mentors doux et compréhensif qui ne veulent pas trop brusquer leurs internes. Iris est intransigeante, impardonnable et dure. Elle le sait, elle sait aussi que c’est ce qui fait de bons médecins, pas la douceur. Ces gamins n’auront pas place à l’erreur dans ce métier, pas de place pour le doute non plus. Elle est là pour leur apprendre. Elle sait cependant que laisser un interne troublé par la mort d’un patient annoncé cette mort à la famille n’est souvent pas la meilleure des idées, pour les parents, pour les proches, pour l’interne qui fait face à la culpabilité de cette perte humaine. À son tour, la brune quitte la bloc, retire son sarreau, lave ses mains et s’aventure dans les couloirs froids de l’hôpital vers un endroit bien précis. Il n’y a pas mille et un endroits où Anna a pu aller. Le bureau d’Aidan, à la recherche de réconfort, de chaleur humaine, quelque chose qu’elle ne pourrait pas lui offrir même si elle le voulait. Le bureau est vide, fermé à clé, témoignant que son occupant n’est pas là. Alors qu’elle se dirige vers les vestiaires, là où elle croit trouver sa colocataire, son esprit vagabonde bien loin des murs de l’hôpital. Son esprit se retrouve dans ses souvenirs douloureux de ce repas de famille qui a eu lieu le weekend dernier, un véritable cauchemar dans laquelle elle a plongé tête première et contre lequel même les mots virulents et les poings de Niels n’ont pu la protéger entièrement. Elle se souvient encore de l’amertume et de la douleur qui ont prit le dessus sur elle, alors que son ex beau-frère emplissait encore et encore cette coupe de vin dans le silence de cette cuisine qu’elle connait par coeur, jusqu’à ce que son esprit soit trop engourdie pour réaliser que la masse chaude dans ses draps était celui de l’ancien militaire. Et si son réveil par Liv fut mouvementé, si la jolie blonde à poser des centaines de questions qui sont restées sans réponse, Iris se braquant à chaque attaque, laissant sa meilleure amie se buter contre un mur de glace, elle reste confuse à ce sujet. Blessée par sa propre famille, la soirée est gravée au fer rouge dans sa chair au même titre que la sensation du torse de Niels sous sa joue au petit matin. Ces derniers jours, Iris n’a pas fermé l’oeil, enfilant café après café, rentrant à peine chez elle. Elle n’a pas osé parler de ce qui s’est passé dans la maison familiale avec ses meilleures amies, comme elle est rester silencieuse auprès de Myles. Elle est plus froide que froide, plus distante que jamais alors qu’elle essaie de se faire à l’idée que cette famille qui a été sienne n’est plus qu’un souvenir lointain qui s’évapore avec les mots acerbes lancés pendant ce repas qui fut plus un procès qu’autre chose. Pourtant, à l’heure actuelle, aussi démolie peut être, aussi torturée que son âme est, Iris se tient à quelques mètres de l’interne qui vient de frapper de son poing son casier maintenant bossé, tâchant d’être cette présence rassurante pour la jeune femme. « J'ai cru que c'était quelqu'un d'autre. » S’approchant lentement, la chirurgienne observe les traits de son amie avec attention, sachant exactement qu’elle est soulagé que ce ne soit qu’elle et non un autre interne ou un médecin qui irait jouer les bavards au sein de l’hôpital. « Ce n’est que moi. » confirme-t-elle d’un ton sans chaleur malgré ses efforts pour paraître humaine, pour lui faire sentir cette compassion qu’elle a envers elle. Elle sait pourtant que Anna ne va pas s’en formaliser. Elles vivent sous le même toit, elles se côtoient depuis tellement longtemps que Anna la connait aussi bien que Liv peut le faire, ou presque. Elle s’approche finalement suffisamment près pour attraper sa main et observer ses jointures afin de voir s’il n’y a pas de blessures. « Je suis désolée pour le casier. Promis je le remplacerai.» Elle hoche doucement la tête en observant le casier en soi. Anna a toujours eu cette flamme en elle derrière un masque froid, brûlant sous la surface et faisant parfois craquer la couche de givre. Elle est son opposé sur le sujet. Sans un mot au sujet du casier, Iris s’installe sur le banc de bois qui sépare les casiers. « Je suis désolée qu’on n’a pas pu le sauver. Certaines morts sont plus difficiles que d’autres, certains tâches semblent être des corvées. Il n’aurait pas dû te demander d’aller voir la famille, que ce soit pédagogique ou non. » Elle l’observe, cherchant une once de chaleur dans ses molécules. Elle a toujours voulu paraître forte alors qu’elle est rien d’autre que sensible au fond, sous tout ça. Sous cette carapace. Elle souffle doucement avant de baiser la tête légèrement. « Je ne suis probablement pas la personne la plus apte à dire ce genre de choses, mais tu as le droit d’être touchée par ces vies, Anna. Tu as le droit d’être triste ou fâchée contre cette injustice, c’est ce qui fait de toi un bon médecin. » Et ça, c’est l’exemple même de l’adage disant de faire ce qu’on l’on dit et non ce que l’on fait.

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MessageSujet: Re: break down , break apart , lose yourself , fall down ※ IRIS Mar 9 Jan - 0:54

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ANNA MORELLO AND IRIS GILMORE ※
She picked something from her table and walked towards her bed. She smiled lightly and sat down slowly. “I will never meet a lot of people. I will never be able to know and understand why people act the way they do. Even if I still can’t understand them perfectly, I knew that I can relate to what they were going through. Some things will never happen, some lessons will not be learned. And some of the greatest people I met will be forever strangers to me. Yes , I will never be able to tell you the wonderful memories—if that one thing never happened to me. If it occurred differently. I will not be talking about the stars if I haven’t experience the darkest of nights. I will not be mesmerized by how the sun rises if I wasn’t awake until it comes. I will not be in love with the sunset if I wasn’t waiting for the day to end. I will not be talking about heartbreak if it doesn’t happen to me. I will not be moved by sad movies if I never felt pain. I will not be talking about deep meanings behind things if I only used my eyes for trying to realize something. I will not be here if I made a different decision. If I chose a different option.”


Des mois passés sur un sol ennemi, dans cette terre si éloignée de la sienne dans un climat hostile où chaque jour des milliers de grains de poussière se faufilaient dans ses yeux, où une chaleur de plomb brûlait sa peau. Des mois passés à être bercés par le bruit des explosions, par les pleurs incessants des familles endeuillées. Des mois passés dans ces pays où elle avait compris toute la définition de l’horreur, où elle avait découvert tout ce que l’humanité pouvait avoir de pire. Mais de meilleur aussi. Car dans cette pauvreté, dans ces nations ravagées par la guerre et par la violence, elle avait aussi pu découvrir des êtres prêts à tout pour venir au secours des plus démunis. Pour venir secourir des enfants coincés dans les décombres d’un immeuble. Pendant ces deux années, elle avait vécu tout ce qui lui avait rappelé pourquoi elle tenait tant à son métier, pourquoi il lui paraissait si important d’offrir son existence pour les autres. Elle avait redécouvert les valeurs de la vraie médecine, de celle faite pour sauver des vies, n’ayant aucun rapport avec un potentiel statut social ou un probable lien avec l’argent sur un compte en banque. Plusieurs fois, on avait pensé qu’elle ne tiendrait pas en Syrie, sa mère la première n’avait pas compris son choix, cette décision qui la poussait à se rendre là où les armes étaient du domaine du banal et où la guerre faisait des ravages.  Pourtant, elle avait survécu à tout ceci, même si elle ne pouvait cacher que quelques fois, ses émotions avaient risqué de la faire perdre pied, notamment les premiers jours quand son organisme ne s’était pas encore accoutumé à tout ce qui l’entourait, quand le bruit des bombes ne faisait pas partie de son quotidien, quand elle apprenait à utiliser des instruments sans une once de technologie. Puis petit à petit, elle s’était faite une place dans cet univers si éloigné du sien, parmi toutes les autres personnes venues avec ce même but. Avec cette même passion et cette même envie de faire la différence dans un monde où l’égoïsme était plus fréquent que l’altruisme. Malheureusement parfois cela n’avait pas été suffisant, elle savait les risques, elle comprenait qu’il lui était impossible de sauver tout le monde, que malgré tout son désir de guérir ses patients, certains cas relevaient de l’impossible. Elle se rappelait de cette femme si particulière qui avait croisé sa route, allongée sur un brancard de fortune. Cette femme si frêle, au corps si squelettique, qui pour sauver son enfant avait pris tous les risques jusqu’à renoncer à sa propre vie. Pendant de longues heures, la jeune américaine s’était battue pour elle, pour qu’elle puisse aller mieux, ne pouvant accepter l’irrévocable destin qui se dessinait pour celle dont le cœur avait fini par cesser de battre. Avant il y avait eu ces quelques simples mots prononcés un matin alors qu’elle se tenait à son chevet, à la surveiller et cette demande qui aurait pu être sans importance, voire insignifiante mais qui l’avait touché profondément. Elle désirait qu’on prenne soin de son fils. De ce petit être pour qui elle avait fini par mourir. Et elle avait eu à peine eu le temps de lui faire cette promesse, quelques secondes plus tard, celle-ci avait fermé les yeux pour cet éternel sommeil. Des petites gouttes salées s’étaient logées dans ses yeux et cette mort lui avait donné finalement encore plus l’envie de s’améliorer pour guérir toutes les autres femmes comme celle qui avait péri. Puis les jours suivants, elle s’était occupée de ce petit orphelin, passant son temps libre avec lui. Sa famille la plus proche à des milliers de kilomètres, elle s’était battue pour qu’il puisse les rejoindre, usant de son caractère de feu pour convaincre les autres bénévoles. Et c’était quand il avait mis un pied dans un avion humanitaire après l’avoir serré dans ses bras qu’elle avait réalisé qu’elle avait réussi sa mission, qu’enfin elle avait pu pousser un soupir de soulagement. Cet enfant n’avait pas été le premier, ni le dernier, mais il avait été de ceux lui apportant un soupçon d’espoir dans cette zone sinistrée où jour après jour des vies étaient perdues, où les immeubles s’effondraient aussi facilement qu’une feuille morte sur le bitume froid. Elle s’était toujours fait la promesse de ne pas s’attacher à ses patients, de ne pas nouer de liens quelconques avec eux, c’était les premières leçons expliquées par les professeurs de l’université. Mais tous ces potentiels érudits ne connaissaient pas l’humanitaire, la réalité de ce terrain accroissant chaque forme d’émotion. La joie. La peine. Le désespoir. Tout était plus fort là-bas, parce qu’il ne s’agissait pas que de simples hommes ou femmes, il était question d’âmes en détresse, chaque vie offrant cette impression de faire un pas de plus en avant pour repousser la cruauté. Ou la pauvreté. En deux années à sillonner les pays d’Afrique et la Syrie, elle avait eu cette vague sensation de vivre une existence toute entière, tant elle avait appris, tant elle avait été gagnée par une tornade de souvenirs. Depuis son retour en Californie, sa région natale exacte opposée de ces lieux qui étaient devenus sa maison, elle n’avait pas connu des sentiments aussi forts que là-bas. Certes, elle ne s’était pas transformée en reine des glaces que rien ne pouvait émouvoir, néanmoins elle n’avait pas été touchée avec autant de force par l’une des personnes qu’elle devait soigner. Jusqu’à ce petit garçon dont ils avaient été obligés de prononcer le décès quelques minutes. Ce petit garçon qui avait connu les bombardements et qui finalement avait trouvé une famille aimante, prête à l’accueillir. Dans sa tête, elle ne cessait de se dire que ce n’était pas normal, qu’il n’était pas supposé perdre la vie sur cette table d’opération, qu’il ne pouvait pas avoir traversé tant de tragédies à son si jeune âge pour rien. Elle ne comprenait pas comment cela avait pu se produire, ni pourquoi on l’avait obligé à faire partie de cette souffrance. A aucun moment, elle ne s’était attendue à se sentir si abattue par la mort d’un patient, en tout cas plus depuis qu’elle avait commencé son internat. Sauf que cet enfant innocent n’était pas une vie parmi tant d’autres, il avait une autre importance, il lui rappelait tout ceux dont elle avait croisé le chemin. Tout ceux à qui elle avait apporté du bonheur. Tout ceux aussi qu’elle avait perdu, comme cette femme plus particulièrement. C’était presque comme si elle avait quitté le confort de Los Angeles pour retourner dans cette bulle où tout était décuplé, où tout était si fort qu’elle parvenait à peine à respirer convenablement. Aujourd’hui comme aucune fois auparavant elle craquait, en voulant à tout le monde et à elle-même de ne pas avoir pu réussir l’impossible. A l’univers de ne pas avoir pu réaliser un miracle. Le cœur en lambeaux, chaque morceau étendu sur le sol, elle fit tout son possible pour évacuer ce surplus de sentiments qui s’étaient logés dans son âme. Pour faire disparaître cette lame acérée qui semblait s’être plantée dans ses entrailles. Elle respirait, elle faisait le vide dans sa tête mais rien ne fonctionnait pour calmer cette tornade si puissante qui l’inondait. Le coup de poing rageur qu’elle mit dans son casier ne parvint qu’à intensifier les battements de son palpitant. Elle savait pourtant comment faire, comment apaiser toute forme de trouble, cependant à cet instant précis, elle en était incapable. « Ce n’est que moi. »  Elle n’arrivait pas à dissimuler ce qui la happait, mais fort heureusement en entendant quelqu’un franchir le seuil des vestiaires, elle n’eut guère besoin de mimer un calme impossible. Parce qu’elle savait qu’avec Iris il était inutile qu’elle joue de faux semblants, celle-ci la connaissant trop pour découvrir la vérité derrière un visage plus fermé ou des traits tirés. Elle l’avait connu après Liv et leur relation était différente, mais elle savait depuis qu’elle l’avait rencontré, qu’elle pouvait compter en la brune aux yeux translucides une fidèle alliée. Une amie dévouée et qui n’était pas qu’une personne de passage dans son existence. Elle était de celle supposée demeurer longtemps. Encore plus maintenant qu’elles travaillaient tous les deux dans le même hôpital, qu’elles passaient du temps ensemble à discuter autour d’un café avant ou après une garde. En apparence, elles étaient si différentes, mais elles avaient trouvé ce point d’équilibre leur offrant une amitié des plus sincères. Des plus fortes. Même dans les moments moins joyeux, moins remplis d’éclats de rire. Elle n’était donc pas que rassurée de savoir qu’il ne s’agissait que d’Iris, elle lui était aussi reconnaissante d’être venue la trouver. La jeune femme attrapa sa main qui avait rencontré violemment la porte de son casier et en bonne patiente elle la laissa l’ausculter même si elle ne ressentait aucune gêne ou douleur. « J’aurais peut-être un bleu mais je crois que ça va ». En tout cas pour l’instant, elle n’avait pas mal, tout du moins pas dans les articulations de sa main. C’était ailleurs que la souffrance semblait s’être logée, dans cet organe logé dans sa poitrine, là-même où son muscle cardiaque battait la chamade.  « Je suis désolée qu’on n’a pas pu le sauver. Certaines morts sont plus difficiles que d’autres, certaines tâches semblent être des corvées. Il n’aurait pas dû te demander d’aller voir la famille, que ce soit pédagogique ou non. », au fond elle comprenait pourquoi son responsable avait choisi de l’envoyer, parce qu’il avait discerné son trouble et qu’il l’avait forcé à passer au dessus pour faire ce métier qui était le sien. Malheureusement, il ne pouvait pas savoir à quel point elle s’était sentie liée à ce garçon, ni à quel point elle avait senti le vertige s’emparer d’elle face à ses deux parents. « Je ne suis probablement pas la personne la plus apte à dire ce genre de choses, mais tu as le droit d’être touchée par ces vies, Anna. Tu as le droit d’être triste ou fâchée contre cette injustice, c’est ce qui fait de toi un bon médecin. », elles étaient le feu et la glace, le chaud et le froid, Iris étant connue par toutes les personnes foulant les couloirs de cet hôpital pour ne jamais dévoiler autre chose qu’un masque plus froid que la glace du pôle nord et même si Anna savait réchauffer cette surface enneigée au quotidien, elle acceptait aussi la personnalité de sa meilleure amie, ne tentant pas de la changer, ni de la faire rentrer dans un moule comme certains semblaient le désirer. « J’en ai connu des enfants comme lui en Syrie… Certains j’ai pu les sauver, d’autres non… Et à chaque fois que ça arrivait, j’avais l’impression d’échouer, c’était un peu comme si l’atrocité remportait la partie. Je ressens pareil avec ce pauvre gosse qui avait réussi à trouver un foyer ici après avoir vécu la guerre et qui finalement meurt sur une table d’opération dans un hôpital qui a des millions d’euros de matériel. Ca aurait pas dû arriver ici, c’est tellement illogique… », à ses yeux c’était anormal et elle ne pouvait pas expliquer à quel point elle éprouvait ce sentiment d’injustice décrit par Iris. Et comme toutes les causes qu’elle défendait, enflammant son âme, elle prenait cette chose avec encore plus de cœur, elle se faufilait un chemin directement jusqu’à les pores les plus profonds sous la surface de son derme. « Je me suis toujours dit que je voulais être chirurgienne pour sauver des vies et c’est la première fois depuis mon retour que je me sens si impuissante… » elle avait ce goût désagréable en bouche, le sentiment d’avoir échoué, de ne pas être aller jusqu’au bout. Ou aussi loin qu’elle aurait dû, même si elle savait que médicalement ils avaient fait de leur mieux. Qu’Iris avait fait tout son possible pour trouver une solution face à ce cerveau brisé. « Mais je veux pas que tu penses que je te considère comme responsable de ça…. », avoua-t-elle en levant la tête vers la brune pour lui offrir un petit sourire. Au fond, elle en voulait à personne, à part à la vie en général. Et à la planète qui avait cessé de graviter autour du bon orbite. Tout simplement.
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MessageSujet: Re: break down , break apart , lose yourself , fall down ※ IRIS Lun 15 Jan - 2:43


“You never come back, not all the way. Always there is an odd distance between you and the people you love and the people you meet, a barrier thin as the glass of a mirror, you never come all the way out of the mirror; you stand, for the rest of your life, with one foot in this world and no one in another, where everything is upside down and backward and sad.”
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L’impuissance s’abat sur elle, ajoutant une couche de neige sur la glace fragilisée par les événements des derniers jours, la rendant si fine qu’elle peut parfois l’entendre craquer lorsqu’elle retient son souffle plus d’une seconde. Elle a l’impression que l’univers cherche à sauter à pieds joints sur cette glace de plus en plus fine, qui se fissure à chaque fois qu’on y ajoute un poids supplémentaire. Iris sait que bientôt elle se retrouvera sous la couche de glace, à se débattre dans cette eau glacée qui s’infiltrerait dans ses poumons sans aucune merci. Elle sait qu’elle marche présentement sur une glace très fine, que son propre équilibre est précaire, fragilisé par les mots de sa propre famille, par les crises d’angoisse et l’insomnie. Par la chaleur du corps de Niels contre le sien, rappel douloureux de cette époque où leurs ébats étaient plus ardents, plus tactiles que maintenant. Il a fait tomber des barrières qu’elle désire maintenir, pour sa propre sécurité et elle n’arrive plus à reconstruire après l’ouragan. La chirurgienne fait des efforts monumentaux pour faire croire à tous et chacun qu’elle va bien, qu’elle n’est pas aussi fragile qu’elle l’est réellement, qu’elle est plus forte que les vagues qui s’abattent sur elle avec toute la force possible pour la clouer au sol. Chaque fois, elle se relève, ajoutant un peu de fausseté à ce masque qu’elle porte tous les jours pour se protéger de la cruauté d’un monde qui ne fait que montrer les dents chaque fois qu’elle ose laisser un sourire poindre sur ses lèvres. L’air qu’elle respire n’est rien d’autre qu’un verre pilé qui lacère ses bronches et fait naître un goût d’hémoglobine sur ses lèvres chaque fois qu’elle fait mine d’aller bien, chaque fois qu’elle porte ce masque fait de mensonges et de faux-semblants. Lentement, le masque glisse sur ses joues trempées de larmes qu’elle refuse de verser, sur un sourire qui refuse de rester en place plus de quelques secondes avant de s’effacer comme de la craie sur un tableau laissé sous la pluie battante. Elle essaie quand même, avec ces gens qui l’entour, essayant d’être un support moral pour leurs blessures alors qu’elle se débat avec les siens. Avec les démons cachés dans les recoins les plus sombres de son esprit et qui guettent le moindre signe de faiblesse pour l’engloutir, pour la pousser au fond du ravin. Il ne lui faut pas des heures d’introspection pour se rendre compte qu’elle marche sur un fil de fer qui menace de rompre à chaque seconde. Elle n’a qu’à calculer les nombres de fois que son esprit perd la bataille contre l’anxiété ces derniers jours. Le nombre de fois que son corps la laisse tomber au profil des crises de plus en plus longues et violentes. Il y a aussi le nombre d’heures de sommeil qui diminue à vu d’œil. Des heures déjà peu nombreuses dans les dernières années qui deviennent encore plus rares alors que ses nuits sont ponctuées par l’insomnie la plus totale qu’elle passe à peindre pour se changer les idées. Au point que sa chambre est envahie par les toiles peintes de sa main dont elle ne sait pas quoi faire. Il y a aussi ses plaies en forme de croissant de lune dans le creux de ses mains, trop profondes maintenant, témoins silencieux de ses luttes intérieures. Blessures qu’elle se cause elle-même sans vraiment s’en rendre compte et qui souillent ses mains de ce liquide bordeaux si caractéristique. Dans les derniers jours, elle a évité Anna et Liv comme la peste, elle a annulé sa soirée avec Myles en prétendant une garde supplémentaire imposée par sa supérieure alors qu’elle s’est proposée. Elle sait que face à eux, elle ne pourra garder longtemps ses murs dressés contre les intempéries, contre les regards inquiets et les mots qui martèlent les plaies béantes. Pourtant, elle est maintenant là, dans ce vestiaire à faire face à sa meilleure amie, à essayer de trouver des mots qu’elle n’a pas après la perte d’un patient qui pèse un peu plus sur sa conscience déjà lourde. Il ya cette petite voix dans sa tête qui lui hurle de faire demi-tour, de retourner dans la sécurité de sa solitude réconfortante, mais ô combien assassine. Il y a aussi cette inquiétude pour la jeune femme. La déchirant ça et là, entre son envie de se recroqueviller sur elle-même et l’importance qu’à Anna dans sa vie. Elles sont différentes, elles l’ont toujours été. Anna est plus franche, plus chaleureuse, plus proche de ses sentiments qu’elle-même ne pourrait l’être avec tous les efforts du monde, mais c’est ce qui les rapproche. Ce qui fait qu’elles ont ce lien, solide et durable. Ça ne l’empêche pas d’éviter le regard de l’interne comme elle a évité celui de Liv deux jours plus tôt profitant de l’occasion pour observer la main qui vient de percuter la porte métallique du casier, prenant des précautions supplémentaires pour ne pas lui montrer l’intérieur ravagé de ses propres mains. « J’aurais peut-être un bleu, mais je crois que ça va » Iris passe son pouce sur les jointures rougies et hoche doucement la tête, réalisant qu’Anna est une patiente beaucoup plus facile qu’elle l’est elle-même. L’ironie voulant qu’elle déteste les médecins quand il s’agit de son propre cas. Elle laisse glisser la main de son amie loin des siennes et croise les bras sur sa poitrine, un geste de protection supplémentaire comme le reste du monde qui l’entour, contre la mer déchaînée dans son esprit. « Si tu éprouves le moindre inconfort, n’hésite pas, d’accord ? Ce n’est pas comme si tu ignorais où me trouver. » Elle force un sourire sur ses lèvres, un sourire qui fait mal, qui écorche, qui lui demande un effort titanesque pour pas grand-chose au final. Parce qu’elle sait que si ses lèvres obéissent à l’ordre, ses yeux restent d’une mélancolie limpide. Installé sur ce banc, écoutant les paroles rassurantes prononcées de sa propre fois lui donne une drôle d’impression. Elle inspire, essayant de chasser la vulnérabilité de ses traits, de sa voix, de chaque fibre de son être tout en sachant que c’est une guerre qu’elle a perdue en faisant un pas vers elle. « J’en ai connu des enfants comme lui en Syrie… Certains j’ai pu les sauver, d’autres non… Et à chaque fois que ça arrivait, j’avais l’impression d’échouer, c’était un peu comme si l’atrocité remportait la partie. Je ressens pareil avec ce pauvre gosse qui avait réussi à trouver un foyer ici après avoir vécu la guerre et qui finalement meurt sur une table d’opération dans un hôpital qui a des millions d’euros de matériel. Ca aurait pas dû arriver ici, c’est tellement illogique… » Il n’y a pas de logique dans la mort. Iris est bien placée pour le savoir. On ne peut pas sauver tout le monde, on ne peut pas réparer chaque être humain. Elle comprend néanmoins la peine que ressent son amie, l’injuste de la situation, la fragilité de la vie. Elle en a connu aussi, des âmes comme cet enfant en Birmanie, dans cette bulle de souffrance sans nom, sans visage. Dans ce milieu où l’injustice règne en roi. «J’en ai connu aussi en Birmanie, Anna. De ces âmes qui ont tant d’importance dans un monde qui n’a aucun sens. Je sais que tout ça n’a pas de logique, que ce n’est pas comme ça que ça devrait se passer, mais nous ne sommes pas des dieux, nous n’avons pas tous les pouvoirs. On ne peut sauver tout le monde.»Des mots que lui a dits Niels un peu plus tôt alors qu’elle avait dit qu’elle aurait aimé pouvoir changer de place avec Katie. Qu’elle aurait souhaité donner sa vie pour sa sœur, quitte à manquer toutes ces choses qui l’attendent encore dans les prochaines années. Des paroles qui n’ont pas été très bien reçues par l’ancien militaire qu’elle a de plus en plus de mal à comprendre. « Je me suis toujours dit que je voulais être chirurgienne pour sauver des vies et c’est la première fois depuis mon retour que je me sens si impuissante…» Le visage d’Anna reflète cette impuissance qui la hante, qui pèse sur leurs épaules comme le souvenir désagréable d’une défaite amère. Iris le comprend, bien entendu. Elle aurait aimé avoir les mots pour l’apaiser, pour chasser cette culpabilité. Elle sent cette boule dans sa gorge, menaçante, l’empêchant de respirer correctement ou de prononcer des mots supplémentaires, la poussant à regarder ses mains jointes sur ses genoux, à attendre que les secondes s’émiettent et que la terre continue son éternelle ronde autour du soleil. « Mais je veux pas que tu penses que je te considère comme responsable de ça….» Elle essaie de lui rendre son sourire sans y parvenir vraiment avant de hocher doucement la tête, laissant l’air brûler ses poumons, un ange passer entre elles. «Je sais.» Elle aimerait en dire plus, prolonger cette conversation, lui dire toutes ces choses qu’elle ne dit pas, mais elle ne fait pas confiance en sa voix qui semble aussi fragile que son palpitant qui lutte contre l’étau qui le serre cruellement depuis trop longtemps, contre la glace assassine qui se répand dans ses veines à chaque fois qu’elle ment. Elle se lève de sa place initiale, se dirigeant vers l’unique fenêtre pour observer le paysage de bâtiments et de voitures qui s’étend aussi loin qu’elle peut voir, offrant son dos à Anna alors que ses prunelles translucides vaguent sans voir. Elle se demande si elle peut rendre les armes, laisser tomber le masque une fraction de seconde et se laisser submerger sans se noyer. Si elle est en mesure de se reposer sur l’épaule de son amie le temps d’un battement de cœur, le temps que son esprit épuisé abandonne la bataille qui fait rage, qui la détruit à chaque respiration qui se fait de plus en plus difficile à chaque fois qu’elle inspire. « Je sais ce que ça fait de vouloir tant sauver une vie et d’échouer. De ne rien pouvoir faire pour cette personne. La culpabilité que ça cause. Le désir de vouloir changer de place avec cette personne. » Sa voix lui semble bien lointaine alors qu’elle resserre un peu plus ses bras autour d’elle-même, tâchant de garder le flot de larmes derrière ses paupières. Elle ferme les yeux quelques secondes, sentant les orphelines de sa meilleure amie dans son dos et elle se doute de l’inquiétude qui les transperce présentement, alors qu’elle fait allusion à ces tabous, à ce fantôme qui la hante, mais dont elle ne parle jamais, de peur de lui donner plus force, plus de pouvoir encore sur elle. « Je croyais que ça passerait, que c’était une histoire de temps… » Elle laisse tomber l’armure, une pièce à la fois et elle se demande si Anna sait à quel point ça lui demande des efforts pour laisser les plaies brillées sous la lumière du jour finalement. Après tout ce temps. Après tous ces efforts pour les cachées sous les sourires et les plaisanteries, après toutes ces nuits à se reconstruire des murs toujours plus fissurés. « Ça ne passe pas. Ça reste, comme une tache de sang sur un vêtement, indélébile. Ça ne diminue pas, non plus, au contraire. » Elle déglutit, essayant de chasser cette boule dans sa gorge qui brise sa voix, qui annonce le pire, un flot de larmes qu’elle ignore si elle peut retenir. Quand elle se retourne finalement vers Anna, fuyant son regard malgré tout pour regarder ses pieds, les bras toujours autour d’elle, les poings serrés si fort qu’elle sait qu’elle se blesse de nouveau sans le vouloir. « J’arrive plus à me battre contre, Anna. J’étouffe. C’est pire. C’est… » Les larmes perlent dans ses prunelles d’un vert diaphane et l’une d’entre elles, la plus courageuse s’aventure sur la porcelaine de sa joue quand elle s’approche d’un pas pour lui offrir les paumes de ses mains. Lui laissant voir les lésions ensanglantées infligées par elle-même que ses ongles ont creusés dans sa chair quand elle essaie de garder contact avec la réalité, quand elle essaie de garder la tête hors de l’eau malgré les vagues qui la replonge dans les profondeurs. À ce moment précis, Iris Gilmore abandonne la bataille, arrête de se battre. Elle se laisse juste couler dans les profondeurs les plus noires et les plus effrayantes.


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