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Retour au bercail - Anselme&Rina

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MessageSujet: Retour au bercail - Anselme&Rina Dim 17 Déc - 9:18

❝ et c'est l'apathie générale, y'a peu d'espoir que les gens changent mais... ❞[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Retour au bercailTu étais dans cet avion, à côté de d'autres vétérans qui rentraient chez eux, de soldats en permission. Cet avion était purement militaire, géré par l'Armée, destiné au transport de ses représentants. Mais tu te sentais étrange dans ce milieu. Comme si tu ne lui appartenais pas. Pourtant, tu étais un militaire. Simplement, tu l'avais oublié. Tu étais autant un soldat que ce type à côté de toi, qui se cramponait à une photo en pleurant, parce qu'il avait perdu sa mère et qu'il venait assister à l'enterrement. Que cet heureux papa qui montrait à tous une vieille echographie et qu'il allait voir son fils de un an déjà, pour la première fois. Ou que ces deux types couchés sur une civière, rentrant avec un membre en moins. Ou même ces corps dans la soute, déjà dans un cercueil de fortune, rentrant pour être enterrés. Tu faisais partie de cette même grande famille. Tu en étais fier autrefois. Où est passé cette fierté ? Nulle part et partout à la fois. Tu te tenais à ce que t'avait raconté ton amie, sur toi. Tu voulais correspondre à cet autre toi, cet Autre, comme tu m'appelais. Pourtant nous étions nous, tous les deux... Tu t'en souviendras un jour, ne t'en fais pas. Juste en attendant... Tu voulais m'imiter. C'était étrange, n'est-ce pas ? D'imiter une personne que tu avais été.

Tu ne ressemblais pas à grand chose dans cette tenue militaire qui était trop grande pour toi. Personne n'avait pensé au fait que tu étais plus maigre aujourd'hui que des années plus tôt, quand tu étais encore bien portant. Les médecins t'avaient rassuré au moins... Tu te remplumerais vite, tout en évitant les aliments trop riches, tu ne parvenais pas encore à les digérer. Tu avais les joues un peu creuses, tes muscles étaient encore un peu présents, étais-tu parvenu à faire du sport dans cette geôle ? Tu n'en savais rien, mais moi si : nous avons tenu à garder la forme, en cas de tentative d'évasion. Ce qui a fini par arriver. Cela devrait certainement choquer... Rina. Tu en avais entendu parler, d'elle, beaucoup. Parce qu'elle était ta seule et dernière famille... Tu sentais des choses remuer en toi quand tu pensais à elle, comme si ton Autre, moi, se révulsait à une idée, mais laquelle ? Tu n'en savais rien.

Tu tripotas tes cheveux. Cela te faisait bizarre, ils étaient encore longs, conseil de ton amie. Mais tu avais rasé cette barbe immonde qui te faisait ressembler à un rescapé. Ce que tu étais, en somme. Mais tu voulais ressembler à ce type de la photo qu'on t'avait montrée de toi. Et tu voulais aussi que Rina ne soit pas choquée de te voir. Car tu n'avais vu qu'une photo d'elle, trouvée dans tes anciennes affaires. Tu n'étais même pas certain de parvenir à la reconnaître, il y aura du monde sur le tarmac, forcément. Tu n'es pas seul dans cet avion. Après, elle te reconnaîtra bien, n'est-ce pas ?

C'est inquiet que tu subis l'atterrissage de l'avion, enfin arrivé à Los Angeles. Cela te soulageait, l'avion n'était pas non plus ta passion, tu t'en rendais compte. Est-ce que tu aimais ça avant ? Pas plus que cela, mais il te faudra te souvenir. En tout cas, tu fus emporté par le flot de militaires pressés de sortir, récupérant de justesse ton paquetage que tu mis sur ton dos. Il était pratiquement vide mais on t'avait donné ça, alors tu n'avais pas résisté. Au moins, tu n'arrivais pas les mains dans les poches. Pas vraiment.

Une fois descendu de l'avion, tu marchas jusqu'à la zone d'accueil de l'aéroport militaire. Il y avait foule de gens, tu te sentais mal à l'aise, et tu ne trouvais pas Rina, ni même un quelconque panneau portant ce nom qui te semblait si étrange. Tu essayais de cacher ta peur, tu ne voulais pas t'effondrer au beau milieu de tous ces gens, et retourner à l'hôpital alors qu'on venait de te permettre d'en sortir... Non. Tu voulais vraiment rester libre, comme un reste de ta captivité ? La liberté te tenait à coeur. Tu arrangeas encore tes cheveux, qui tenaient en arrière on ne savait trop comment, vu que tu n'y avais pas mis de gel. Probablement tes origines natives américaines qui t'avaient offert ces cheveux tellement noirs qu'ils en devenaient presque bleus naturellement.

Un moment, le soleil t'aveugla, et tu portas la main en visière, jusqu'à enfin repérer une femme qui venait vers toi. Aussitôt tu te figeas, te demandant comment tu étais censé la retrouver. Une réaction qui ne causerait pas de tristesse, car c'était cela ton but premier : épargner les autres. Tu te sentais détaché d'eux, mais c'était comme si quelque chose te poussait malgré tout à être... Gentil. Et là, cette femme ressemblait à Rina, tu le sentais, tu en étais certain. Alors... Tu fis un sourire, un peu gauche cette fois-ci, lâchant ton sac, pour ensuite aller vers elle et la prendre dans tes bras, la serrer fort. Au moins, tu ne voyais pas sur son visage les sentiments que tu craignais - le bonheur de te retrouver, alors que toi même, tu te sentais à la fois totalement détaché et absolument heureux d'avoir une personne de ton passé.

"Rina !"

Tu ne pensas pas au fait que cette réaction pourrait donner un fol espoir à ta sœur adoptive, lui offrir l'espoir que tu te souvenais d'elle, que tes souvenirs étaient revenus. A trop vouloir m'imiter, finalement, tu ne faisais qu'empirer la situation. Mais on ne pouvait pas te reprocher d'avoir une belle intention n'est-ce pas ? Mais d'un autre côté, peut être que Rina comprendrait ? Car tu ne l'avais pas appelée Nana, comme à ton habitude avant. Juste... Rina. Mais ton amie ne t'avait pas précisé ce détail, qui était totalement dispensable selon elle. Surtout qu'elle n'avait visiblement pas eu de plaisir à te parler de ta sœur adoptive, tu avais senti des choses... Étranges, dans ses formulations, et en toi. Comme si d'autres choses se cachaient dans ce lien de frère et sœur adoptives. Mais tu ne te penchais pas dessus pour le moment. Tu te penchais sur Rina, l'enveloppant de tes bras. Tu aurais cru avoir un souvenir d'un coup, comme provoqué par une montée d'émotions d'un coup mais... Non, rien. Pour l'instant.
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MessageSujet: Re: Retour au bercail - Anselme&Rina Mar 19 Déc - 22:33


Retour au bercail
Anselme & Rina

«Il y a des choses qu'on range, qu'on colle au fond d'un placard, qu'on pense ne plus revoir - mais qu'on ne se résout pas à mettre à la poubelle. Un peu comme les rêves, quoi. »
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] Ses doigts pianotaient au rythme de la mélodie qui englobait tout l’habitacle de sa petite voiture noire. Elle roulait calmement, tentant de concentrer sa respiration et son état de panique interne. Une chanson d’amour, une ballade tournait en boucle depuis plusieurs longues minutes. Une voix fluette hurlait tout le mal être qui la rongeait et Rina se reconnaissait un peu. Repassant en boucle les derniers événements de sa vie. D’abord elle avait croisé sa psychologue dans un centre commercial. Puis, elle s’était retrouvé coincée dans le métro de la ville et enfin, lorsqu’elle pensait pouvoir concentrer son esprit sur son travail - véritable exutoire ces derniers mois - un général de l’armée de terre américaine avait demandé à lui parler. Elle était à son bureau, calmement et peut - être même naïvement, elle s’était dit que ce petit entretien téléphonique concernait certainement son prochain article. Et elle eut l’impression que le monde entier s’était arrêté lorsque la voix calme à l’autre bout du fil lui annonça simplement que l’armée américaine avait réussi à sauver Anselme Keane. Son ami d’enfance et frère adoptif disparu depuis trois longues années. Rina avait ravalé des larmes de joies, presque instantanément parce qu’elle avait beaucoup trop écris sur ces hommes. Ces rescapés, pour savoir qu’ils ne rentraient que très rarement idem. Que quelque chose n’allait pas. Alors elle s’était empressée de se renseigner sur l’état de Ans’, comment allait - il physiquement ? Bien, amaigrie, cela pourrait la surprendre, mais elle ferait avec. C’était l’esprit de l’homme qui avait été le plus abimé selon le major à l’autre bout du fil. Anselme ne gardait aucun souvenir de sa vie, encore moins de ses années en tant que prisonniers. Rina eut un haut le coeur qu’elle ravala en déposant sa main devant sa bouche. Ainsi, il était vivant mais n’avait plus rien ou presque de celui qu’elle avait connu. Bien sûr, cela pourrait s’arranger comme cela pouvait s’aggraver. Elle avait remercié l’homme, marquant au crayon à papier sur son agenda la date du retour de son frère.

Sans vraiment savoir pourquoi, elle s’était montrée indécise sur la tenue qu’elle devrait porter à ce jour. Pendant plusieurs heures elle avait essayé des robes, des jupes, des jeans, des escarpins, des bottines et beaucoup d’autres choses. Elle avait fini par se forcer à s’arrêter sur une robe blanche, contrastant avec le teint de sa peau, et afin de ne pas en faire trop, elle avait enfilé une simple paire de bottines. Et voici qu’elle se retrouvait dans les embouteillages la menant à l’aéroport. Elle s’entraina longuement pendant le trajet à mimer des présentations. Il ne se souvenait pas d’elle ? Ou simplement pas ce qu’elle avait été pour lui ? Devrait - elle se présenter courtoisement ou lui sauter dans les bras et l’enlacer de toutes ses forces pour se prouver qu’il était bien réel ? Rina freina à une intersection, déposant son crâne contre l’appuie tête de son siège, elle soupira longuement. La brune ne savait plus quoi penser, ni même ce qu’elle devait ressentir à cet instant. Elle était perdue, totalement noyée dans un flot d’émotions qu’elle contrôlait difficilement. Alors, elle tira le CD du lecteur et en enfourna un autre. Skillet était le groupe parfait pour expédier ses émotions. Des cris, des accords de guitares enragés. Quelque chose qui cognait fort pour lui permettre de rester assez consciente. Elle avait trouvé une place avec beaucoup de difficultés. Presque comme un automate, elle avait glissé quelques pièces et récupérer le ticket. Puis elle s’était faufilée parmi la foule qui attendait patiemment les arrivées.

Rina regardait autour d’elle, mordillant sa lèvre. Que pourrait - elle faire de plus que d’être simplement là ? Elle jeta un coup d’oeil furtif en direction de sa montre puis reporta son attention sur le panneau d’affichage. Impatiente, elle décida d’aller acheter deux cafés chauds qu’elle tenait dans une main. Et presque instantanément, elle s’était demandé si Anselme aimait toujours le café, tout du moins, si ce Anselme là l’aimait. Qui était - il ? Que seraient - ils ? Tant de questions qu’elle n’arrivait pas à anticiper. Elle s’en voulait d’être là et d’avoir pourtant envie de fuir, de noyer son esprit de mots qu’elle écrirait, d’articles qu’elle publierait. Ça s’est fait comme ça. Juste comme une pluie battante qui s’abattrait soudainement sur la ville. Il était là, la cherchant du regard, amaigrie au possible dans un uniforme visiblement trop large. Rina aurait aimé bouger, peut - être même courir et enfouir son visage contre son torse, mais elle se sentait paralysée, effrayée par ce qu’il allait dire ou faire. Un sourire maladroit étirait les lèvres du soldat. Et Rina cligna simplement des paupières pour lui répondre incapable de faire ou dire quoi que ce soit d’autre. Tenant ce socle en carton sur lequel étaient enfoui deux cafés chauds. Il marchait vers elle, alors elle en déduisait qu’il l’avait bien reconnu, mais jusqu’à quel point ? C’est lorsqu’il l’attira contre lui, que son corps, bien qu’amaigrie, l’engloba de toute sa largesse qu’elle s’autorisa à flancher un peu. A laisser cette boule à la gorge monter, à laisser sa main s’agripper au dos du soldat. C’était un miracle que de pouvoir toucher cet homme qu’elle croyait mort depuis des années. « Rina ! ». Coeur foudroyé. Il savait qui elle était, sans savoir réellement ce qu’elle était. Ses doigts se plissaient contre la veste du soldat, tandis qu’elle chassait quelques larmes naissantes. Il ne l’avait pas appelé Nana, ce sobriquet idiot qui la poursuivait depuis l’école primaire, depuis qu’elle avait croisé sa route.

Elle se détacha difficilement de lui et ria nerveusement. « Je te croyais mort Ans’… » Qu’elle avait murmuré tout en lui tendait le café qu’elle venait d’acheter. « Je sais pas si tu aimes encore… » Elle s’arrêta, prenant le temps de bien choisir ses mots, debout au milieu de ces gens qui allaient et venaient, des gens qu’elle ne voyait plus, qu’elle ne sentait plus. « Ils m’ont dit que tu ne te souvenais plus… » Avait - elle murmuré péniblement, comme si le fait d’avoir été chassé de la mémoire du rescapé était bien pire que le savoir mort. Elle se trouvait pénible, car trop égoïste. « Tu veux manger quelque chose ou tu veux rentrer directement à la maison? » Elle glissa sa main dans celle de son frère, jouant péniblement avec la pointe de ses pieds contre le sol, par peur de se dissoudre de douleur, de se perdre comme il avait perdu tout souvenir d’elle.
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MessageSujet: Re: Retour au bercail - Anselme&Rina Mer 27 Déc - 4:45

❝ et c'est l'apathie générale, y'a peu d'espoir que les gens changent mais... ❞[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Retour au bercailTu t'étais attendu à beaucoup de choses de la part de cette soeur que tu découvrais à cet instant. Probablement le temps que tu avais passé à garder les yeux ouverts pour rien dans l'avion avait été productif... Tu avais imaginé par exemple qu'elle pleurerait, disant que tu étais parti trop longtemps. Ou bien qu'elle se moquerait bien de ton retour. Tu t'étais fait des scénarii extraordinaire autour de possibles tensions familiales. Tu ne savais pas trop comment, tu connaissais la possibilité que cela ne se passe pas si bien que ça... Ton amie, après tout, s'était montrée très vague, trop vague même. Tu avais même eu l'impression qu'elle t'avait caché des détails, lesquels ? Concernant ta relation avec Rina. Ou peut être que tu devenais paranoïaque. Mais dans tous les cas, tu ne t'étais pas attendu à ce qu'elle se raidisse dans tes bras, alors même que tu espérais être parvenu à deviner laquelle elle était, et à dire son prénom. Est-ce que tu t'étais trompé de femme ? Enfin, de soeur ? Visiblement non vu ses paroles, après s'être détachée de toi. Ces paroles qui te touchèrent aussi, car tu n'étais pas insensible à sa détresse. Tu n'osais pas imaginer ce que c'était de croire une personne morte depuis trois années... Tu avais déjà tenté de t'imaginer, toi même, ton Autre en toi, souffrir durant trois ans, à penser ne jamais s'en sortir, et penser à ceux qu'il aimait et qui le croyait mort. Tu sentais presque l'Autre se débattre en toi, tenter de te montrer ce que c'était, mais ces-fois là, tu ne voulais pas savoir, tu avais peur, alors tu réprimais. Etait-ce une bonne idée de réprimer ? Etait-ce bon pour tes souvenirs ? Aucune idée. Tu ne comprenais même pas les conseils de tes médecins.

Après avoir murmuré cette phrase - je te croyais mort Ans' - elle te tendit un café. Cette odeur te rappelait des choses confuses, tu n'avais pas encore eu la possibilité d'en reboire depuis ton "retour", ou ton arrivée de ton point de vue, mais tu savais... Tu savais que c'était du café, et tu avais la sensation que tu aimais ça. Toujours silencieux, tu attrapas le gobelet, pour ouvrir le capuchon, et vérifier la couleur, l'odeur. Pas de lait, pas de sucre, juste de l'eau et du café moulu. Ah... Tu en soupiras, comme si tu en avais voulu depuis des lustres, alors qu'en fait, tu avais simplement oublié. Mais tu eus un sourire ravi, après tout, ces sensations étaient réelles chez toi :

"Merci Rina, c'est génial... Je crois que j'aime ça. Enfin, toujours oui. Comment ne plus aimer une chose ? Merci, encore."

Tu en pris une première gorgée, et tu aimas tant ce qui passait dans ta bouche que ç'en devint douloureux, comme si tu avais une contracture de la mâchoire. C'était étrange, d'apprécier autant quelque chose que ça en faisait mal, n'est-ce pas ? Pourtant, c'était ce que tu ressentais là, avec cette caféine qui, tel un placebo, agit sur ton énergie. Tu étais prêt à tout, à distribuer des patates, gauche, droite, avec un air patibulaire. ... Oh ? C'était une chanson que tu connaissais ça... Elle était sortie toute seule, de ton inconscient peut être ? Tu en avais le rythme dans les épaules, comme si tu voulais faire de la boxe sur ce tempo qui était dans ta peau. Est-ce que tu étais bon dans ce sport ? Il faudra que tu te poses la question.

Ou peut-être que t'étais juste de ces mélomanes qui se cachaient dans les bars pour écouter ces concerts, toujours fourré avec ces particules d'énergies qui parcouraient tes veines, pour rejoindre des oreilles hyperactives, tellement caféinées qu'elles retenaient des paroles au delà de l'amnésie, défonçant les barrières des neurones comme les grains se brisaient dans l'appareil, pour se tordre sous l'eau bouillante. Voire même tu entendais une certaine musique dans la consommation de ce breuvage qui, d'une certaine façon, pouvait se retranscrire en notes et en clé de sol. Ah, te voilà aussi poète que le barista qui avait appuyé sur ces boutons pour sortir ce présent que t'avait fait Rina. Bien, elle était parvenue à se faire oublier au profit d'un Colombien corsé. Oubli en série.

Naître l'étau autour du cou comme Cosette pour Hugo, Être en treillis dans le conflit et prier le Très Haut...

Ensuite, Rina s'adressa à nouveau à toi, alors que tu savourais cette première gorgée. Ils, probablement les médecins, lui ont que tu ne te souvenais plus... Ces suspensions, peut-être qu'elle aurait voulu ajouter de moi ? Tu étais encore dans l'admiration la plus stupéfaite de la perfection de ce café. Tu avais tendance, depuis ton réveil, à accorder plus d'importance à des choses totalement triviales, tandis que, là par exemple, Rina... Cela te faisait du mal, car tu avais la sensation que l'Autre avait du mal. Toi tu... Etais totalement endormi. Bien que ta raison te dise de compatir, de faire de ton mieux, pour que cela se passe mieux, que tu ne fasses souffrir personne. Encore moins celle qui a le statut de soeur. Alors, tu baissas le gobelet, pour répondre à sa question, manger quelque chose, ou rentrer à la maison :

"Je veux bien qu'on aille manger, à un endroit où on avait l'habitude d'aller. Peut-être que..."

Tu avais voulu terminer cette phrase au départ. Puis, si dans ta tête, cela avait semblé compatissant, en sortant, tu avais eu l'impression d'être un monstre de toujours rappeler quel vide était en toi. Tu avais donc suspendu ta phrase, de toute façon elle devinerait bien facilement. Et puis, tu avais prévu quelque chose, basé sur une information que ton amie avait bien voulue te dire. Te rappelant que tu avais eu des choses à faire, importante, trois ans auparavant. Quoi ? Ton cerveau ne te le dira pas. Peut être que Rina savait ? Mais tu n'osais pas lui demander, de peur de la blesser, de cette arme qu'était l'oubli, l'amnésie. Et aussi, tu espérais que cela te revienne. Un jour peut être... Dans tous les cas, tu voulais commencer à déclencher des choses, peut être. Encore. Trop peu de certitude en toi...
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MessageSujet: Re: Retour au bercail - Anselme&Rina Mer 17 Jan - 22:08


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Anselme & Rina

«Il y a des choses qu'on range, qu'on colle au fond d'un placard, qu'on pense ne plus revoir - mais qu'on ne se résout pas à mettre à la poubelle. Un peu comme les rêves, quoi. »
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] Il y avait un goût acre et amère. Semblable à des globules rouges qui parcouraient ses veines, traçant leur chemin, partant de son appareil cardiaque qui hurlait souffrance en silence depuis des années, s’insinuant à l’intérieur de ses veines comme le plus vil des serpents. Rina Keane n’avait jamais été une pleurnicharde, rageuse et revancharde elle avait toujours été une enfant, bien que pleine de maladresses, qui n’hésitaient pas à poser ses mains contre ses hanches et tenir têtes aux plus idiot des idiot si pour elle la cause pour laquelle elle se débattait été juste. Mais là, face à cette ombre, ce amas de chaire humaine amaigri, ces pupilles éteintes, factices, doux fantôme d’un homme qu’elle cherchait désespérément, face à Anselme ou tout du moins ce qu’il en restait aujourd’hui, elle était anéantie. Tel un funambule aux rotules mal synchronisés, elle marchait sur le fil du rasoir, hésitante, maladroite, incapable de se réjouir avec cette sincérité qui l’avait toujours caractérisé. Au fond, se disait - elle, les gens étaient destinés à l’oublier. Elle n’était qu’un mirage parmi les mirages, tentant avec désespoir de hurler à pleine gorge qu’elle était - là. Qu’elle était cette Nana qui l’avait tant de fois défendu, celle qu’il portait si souvent sur son dos, celle qu’il avait supporté encore et encore. Elle était cette Nana clairement de trop lorsqu’il se pavanait avec ses conquêtes. Mais elle était là. Or, lorsqu’il posait ses iris brunes dans les prunelles métissée de la jeune journaliste, elle ne se revoyait plus. Elle n’était plus qu’une inconnue, au même titre que ceux qui parcourait le sol ciré de cet aéroport. Elle n’était qu’une âme voguant, errant dans un esprit tourmenté. « Merci Rina, c'est génial... Je crois que j'aime ça. Enfin, toujours oui. Comment ne plus aimer une chose ? Merci, encore. » De nouveau, elle tenta de masquer une grimace lorsque son prénom fit écho dans son coeur. Rina. C’était idiot n’est - ce pas ? Puisqu’en effet, elle se nommait bien comme cela, mais lui, n’avait jamais pris la peine de la faire, accordant à cette amie d’enfance devenue soeur par la force des choses, un sobriquet personnel. Un secret rien qu’à eux en quelque sorte. Creusant d’autant plus l’âme de la jeune métisse. Chaque fois que sa voix l’appelait « Nana » au loin, elle pouvait sentir les ravages qu’il était capable de faire à son coeur. Des sentiments interdits. Malsains s’était - elle souvent répéter pour se convaincre elle - même de sa propre folie passagère. « De rien. » Soufflait - elle faussement paisible, étirant ses lèvres d’un sourire ridiculement faux.

Elle suffoquait. Sentant l’air qui lui manquait, ses poumons se consumaient, tel ceux d’un cancéreux en phase terminal. Elle sentait son corps faillir sous le poids de ces retrouvailles qu’elle avait espéré. Fantasmé même, tout avait été différent dans ce qu’elle s’était imaginée, persuadée que si son coeur ne s’était pas totalement brisé pendant ces trois dernières années, si elle avait réussi à se battre et travailler d’arrache pieds, c’était parce que quelque part sur cette terre un Anselme était encore en vie. Alors, oui. Naïvement la jeune journaliste s’était simplement dit qu’elle le retrouverait, que si elle continuait d’écrire, de voyager, de rencontrer des militaires, elle le trouverait. Or, elle se sentait indigne de lui, elle qui était à présent incapable de se réjouir de ces retrouvailles parce qu’au fond, elle n’était rien d’autre qu’une ombre parmi les ombre. Un masque collait sa peau, celui d’une soeur heureuse, d’une soeur adoptive tout à fait normal capable de supporter le poids de son amnésie, quand en réalité tout son corps, chaque cellules le composant la suppliait de fuir et de ne jamais se retourner. « Je veux bien qu'on aille manger, à un endroit où on avait l'habitude d'aller. Peut-être que… » Sa main, auparavant déposée maladroitement dans celle d’Anselme s’était repositionnée le long de sa cuisse, aucun contact, aucune chaleur, seulement une coquille. Elle se mordilla la lèvre inférieur, se forçant ainsi à ravaler ses larmes et sa colère, une colère contre lui, le monde mais surtout elle - même. « Très bien, je suis garée pas loin suis moi, il y a un restaurant italien pas loin. On y mangeait souvent avant tes départs en mission. » Sa voix était monocorde et paradoxalement tremblante. Car oui, les souvenirs, elle, elle les avait tous, s’entassant, s’empilant les uns après les autres. La narguant comme le plus vil et maniaque des clowns. Elle souhaitait simplement s’éloigner de cet inconnu qui n’avait en commun avec son « frère » qu’un physique en piteux état. Elle le scrutait en silence tandis qu’ils marchaient ensemble jusqu’à la voiture de la jeune femme, avec un semblant d’assurance elle entrepris de mettre le contact. Lorsqu’elle fut enfin engager elle murmura « Il faut mettre ta ceinture. » Sans vraiment porter attention aux gestes du militaire.

L’italien se situait à l’angle d’une ruelle intime. Pavé de petites pierres atypiques. Quelques branches d’arbres fleuris de plantes roses se positionnaient au - dessus de leurs têtes. Une fois. Rina s’était exclamée avec tendresse qu’elle aimait cet endroit, qu’elle s’y verrait bien en famille. Il avait ri. Un rire qu’elle ne retrouvait plus à présent. Cet être présent à ses côtés la contaminait, l’angoissait et pourtant elle avait cet infime espoir, celui de retrouver ces pupilles brillantes, cette assurance doucement mêlée à une légère arrogance tantôt séduisante, tantôt agaçante. Un jeune serveur s’approcha d’eux. « Deux places pour les tourtereaux ? Cela fait longtemps que je ne vous ai pas vu madame Keane. » Rina glissa ses doigts dans sa chevelure, mal à l’aise, se remémorant combien ils aimaient jadis se jouer de ce nom de famille partagé. Une épreuve qui les avait dans un premier temps séparés pour mieux les réunir après. Ici, ils s’autorisaient les mensonges, qui pour elle n’en étaient pas, ceux de vivre l’identité d’un couple jeune marié. Ils s’étaient créés des personnages, des identités secrètes, un mirage en réalité comme tout ce qu’ils avaient été l’un pour l’autre. Elle hocha son visage puis suivi le serveur jusqu’à une table boisée. Une fois assise et devant les cartes elle murmura : « Avant, on s’amusait à faire croire qu’on était un couple… » Elle plongea ses pupilles dans les siennes, tandis qu’elle enlaça entre ses doigts cette carte plastifiée. « Je ne sais pas pourquoi je te dis ça… » S’étranglait - elle d’une voix étouffée. Puis, elle porta son attention sur le menu. Reposant sa carte « Je vais prendre une salade, parce que je suis végétarienne. » Elle fit claquer sa langue contre ses dents, soudainement éprise d’une bouffée de culpabilité. « Tu as tellement maigri…tu devrais manger tout ce que tu souhaites, je te payerai tout ce que tu veux Ans’. » Elle lui offrit de nouveau ce sourire, faux, triste, mélancolique. Celui qu’elle s’imposait pour mieux arracher son âme.
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MessageSujet: Re: Retour au bercail - Anselme&Rina

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