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as long as you're here with me ※ DAMIAN

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MessageSujet: as long as you're here with me ※ DAMIAN Mer 27 Sep - 14:50

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La frénésie des patients, les pleurs des familles, le bruit incessant des machines, tout ce rythme était l'univers dans lequel Anna Morello se sentait le mieux. Si certains pouvaient exploser face à autant de bruits et d'activité, ce n'était absolument pas son cas. Quand elle arpentait les couloirs blancs de ce bâtiment, elle savait qu'elle était faite pour y passer chacune de ses journées durant des années. Elle aimait ressentir cette adrénaline qui l'envahissait à chaque fois qu'elle pénétrait dans un bloc opératoire ou à chaque fois qu'on l'appelait pour une urgence. Elle n'était peut-être qu'une interne dans ce lieu, elle profitait déjà de chaque seconde et de chaque geste qu'on l'autorisait à pratiquer. En aucun cas, elle ne souhaitait partir ou changer de voie, la médecine et encore plus la chirurgie était ceux pourquoi elle était faite. Elle était née pour être chirurgienne, pour vivre avec un scalpel dans la main. Et ce n'était pas uniquement parce que depuis son enfance, son père avait passé des heures entières à lui parler de son métier merveilleux, ni des nombreuses visites qu'elle avait pu lui rendre dans ce même hôpital. C'était un tout qui la poussait à respirer pour la médecine. Cela ne la dérangeait pas de passer des heures sur un cas en particulier, de rester durant toute une nuit à assurer une garde. Au contraire, c'était la nuit qu'elle préférait travailler, parce qu'elle avait remarqué que tout était différent la nuit. Très souvent, il n'y avait que des urgences et nullement des cas prévus, et cela rendait les défis encore plus exaltants, nettement plus intenses. Chaque fois qu'elle avait pu, elle avait demandé à récupérer les gardes de nuit, et finalement on avait fini par lui retirer ce droit pendant quelques temps. Elle travaillait trop la nuit et pas assez la journée, voilà ce qu'on aimait lui dire. Et en soit, elle savait que les titulaires avaient raison. Elle devait découvrir tous les aspects du métier, pas uniquement ceux lui plaisant. C'était de nouveau pour cela qu'on lui avait demandé pendant quelques temps d'explorer d'autres spécialités que la traumatologie. Elle devait découvrir la cardiologie et la neurochirugie comme son frère avait choisi avant elle. Même si tout le monde savait qu'elle n'était faite que pour la traumatologie. A l'hôpital, tout le monde l'avait rapidement compris. Elle n'était pas comme toutes les internes, un peu patauds, apeurés à l'idée de faire une bêtise et pas assurés en annonçant un diagnostic. Anna n'était pas comme eux, parce que ce n'était pas la première fois qu'elle pratiquait la médecine. Elle avait connu la pire des médecines, celle de guerre, dans un endroit où les moyens manquaient. Et où les machines n'étaient pas aussi modernes qu'ici à Los Angeles. C'était dans ces pays qu'elle avait appris son métier, qu'elle avait compris ce qui la faisait vibrer et ce qui lui plaisait le plus. Alors elle n'était pas comme tout le monde, et cela se voyait de plus en plus. Jour après jour, elle se distinguait de ses collègues internes, dévoilant à la fois ses capacités mais aussi son caractère pouvant parfois s'enflammer trop vite. Aidan avait beau tenter de la tempérer fréquemment, il n'y parvenait pas toujours et la jeune femme savait qu'il la comprenait, car il était comme elle. Ils avaient cette même vocation les habitant. C'était ce qui les rapprochait autant, ce qui leur avait permis de construire ce lien si particulier entre eux. Il ne s'agissait pas que d'une banale histoire d'attirance physique, il y avait nettement plus et ils continuaient à se le prouver à mesure qu'ils passaient du temps ensemble. Et à cette seconde précise, tandis qu'elle révisait des dossiers de patients pour ses futurs examens afin de devenir résidente, elle rêvait qu'il soit à ses côtés pour l'aider à travailler. Il était un soutien pour elle. Il lui apportait tout ce dont elle pouvait avoir besoin, sans qu'elle l'ait envisagé une seule seconde. Il n'était pas qu'un homme partageant sa vie, il lui offrait plus, peu importe qu'ils n'étaient pas supposés être ensemble, elle n'avait aucune envie de mettre fin à cette histoire. A aucun instant, elle regrettait leur relation. Parfois sa culpabilité la rattrapait et elle se mettait à songer à sa soeur, mais elle connaissait assez Gabriella pour savoir que son aînée n'était pas une femme comme elle. Elle n'était pas non plus comme Damian. Au sein des Morello, il y avait toujours eu deux familles, leur mère et Gabriella, leur père avec son frère et elle-même, et plus le temps passait, plus le fossé continuait de se creuser. Car depuis son retour dans la cité des anges, elle était amenée à rester encore plus fréquemment avec Damian et son père. Elle profita justement d'avoir terminé l'étude de son dossier pour se lever de sa chaise, se rendant jusqu'à son casier pour ranger toutes ses affaires. Retirant sa blouse blanche, elle enfila une tenue de ville à la place. Une fois prête, elle quitta les vestiaires, passant dans les couloirs, elle croisa Aidan en compagnie d'un groupe d'internes et elle eut le plus grand mal à ne pas s'arrêter pour aller lui parler, se contentant de lui sourire et de lui adresser un léger regard, qu'eux seuls pouvaient comprendre. Sans se presser, elle se rendit dans le petit restaurant en face de l'hôpital ou Damian et elle s'étaient donnés rendez-vous. Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient pas eu le temps de prendre du temps ensemble loin des salles d'opération ou des lits des urgences. Nombreuses étaient les fois où ils parvenaient à prendre un café à la cafétéria de l'hôpital ou à se croiser au début ou à la fin d'une garde. Mais ils avaient rarement l'occasion de se retrouver comme ils allaient pouvoir le faire durant ce repas. Jetant un regard dans la salle, elle repéra la silhouette de son grand frère, déjà installé dans un coin et certainement en train de l'attende, comme cela était très régulièrement le cas avec elle. Elle n'était pas connue pour être à l'heure, ayant une légère tendance à être en retard depuis son adolescence, ce qui avait continué à empirer depuis qu'elle enchaînait les gardes. « Dis donc c'est que tu serais presque beau sans la blouse blanche de chirurgien tu sais ! », lança-t-elle d'une voix amusée pour rendre l'atmosphère détendue, tout en s'installant face à Damian. « J'espère que tu n'es pas de garde, car j'ai tout mon après-midi de libre et je  compte bien en profiter un minimum avec toi.  », ajouta-t-elle en lui adressant un sourire chaleureux et bienveillant. Depuis l'enfance, le lien entre eux deux avait toujours été particulier. Pourtant, elle était la petite dernière, celle qui était venue au monde plus de quatre années après lui. Il était fait pour être proche de Gabriella, mais c'était elle et Damian qui avaient formé un véritable duo. Encore plus depuis qu'ils avaient choisi la même voie que le père de famille. « Alors raconte moi ce qui se passe dans la vie du futur dieu de la neurochirurgie. », demanda-t-elle en plongeant son regard dans celui de son aîné. Etrangement, elle pouvait y percevoir cette mélancolie et cette tristesse qui étaient apparues à la mort de Julia et qui avaient depuis du mal à disparaître. Une souffrance qu'elle aurait préféré qu'il ne connaisse jamais. Dont elle aurait aimé pouvoir le protéger.
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MessageSujet: Re: as long as you're here with me ※ DAMIAN Jeu 5 Oct - 1:02

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DRRRRRRRIIIIIIIIIIINNNNNNNNNGGGGGGG !!! Mais quel était ce son ignoble qui venait le sortir de son sommeil rempli de rêves où Julia était encore à ses côtés revivant ainsi ses années d’adolescence et s’imaginant un futur corrompu. Depuis l’accident, Damian rêvait sans cesse à Julia au cours de rêves merveilleux lui permettant de croire pendant quelques heures qu’elle était toujours à ses côtés ou lors d’affreux cauchemars le ramenant douloureusement à la réalité. Sans véritablement ouvrir les yeux, Damian émergea légèrement, retournant dans le monde réel. Grommelant, le jeune homme chercha son réveil à tâtons sur sa petite table de nuit en bois usé, situé juste à côté de son lit moelleux. Le jeune homme n’avait jamais réellement pris le temps d’acheter des meubles dignes de ce nom se fichant comme de l’an quarante de l’aménagement de son appartement. Quand enfin, il mit la main sur son réveil, il tapa dessus avec nonchalance pour que l’objet arrête son tintamarre insupportable. Fier d’avoir accompli cette prouesse, Damian remonta ses couvertures sur sa tête et se cala un peu mieux dans ses oreillers, bien décidé à continuer sa nuit. Il voulait reprendre son rêve où il l’avait stoppé. Le jeune homme souhaitait simplement passer encore quelques heures en compagnie de celle qu’il avait tant aimé dans ce monde de songe. Même dans ses rêves, Damian ne cessait d’être hanté par le fantôme de Julia malgré les années qui avaient passé. Retrouvant sa douce torpeur, Damian sentait le sommeil qui revenait doucement. Mais c’était sans compter sur cet instrument de torture se nommant réveil matin.

DRRRRRRRIIIIIIIIIIINNNNNNNNNGGGGGGG !!! Voilà qu’il refaisait des siennes ! Qui était l’imbécile ayant inventé la fonction rappel ? Si il le trouvait, il l’étripait à mains nues ! Beaucoup moins calme, Damian ouvrit cette fois-ci les yeux d’un coup afin de saisir l’objet démoniaque. Une fois le réveil bien en main, le jeune homme endormi le lança violemment et le réveil finit sa course dans le mur de la chambre, juste en face du lit de Damian. Là, comme ça, il ne ferait plus de bruit ! Une fois encore, le jeune médecin, se blottit confortablement dans son lit se demandant bien pourquoi il avait enclenché cette chose ce matin avant d’aller se coucher. Soudain, la raison vint à son cerveau comme un éclat de génie. Damian ouvrit alors les yeux, totalement réveillé cette fois-ci et envoya balader les draps pour se lever rapidement. Maladroit comme toujours au réveil, le jeune homme s’emmêla légèrement dans les couvertures et faillit s’écraser tête la première sur le parquet vernis de sa chambre. Ronchonnant, il sortit d’un mouvement son pied de sa prison de coton. Le neurochirurgien ouvrit son tiroir de table de nuit et attrapa sans un regard un nouveau réveil parmi la dizaine qui se trouvait là. L’accident du réveil dans le mur était une affaire courante chez le jeune homme, il avait donc fait des provisions histoire de ne pas devoir se déplacer chez un horloger tous les deux jours. Une fois le réveil en place, Damian courut vers la salle de bain pour prendre une douche bien chaude. Le jeune homme ne pouvait pas commencer la journée sans avoir pris une douche ou alors il était grognon. De plus, cette « nuit » là, Damian n’avait que très peu dormi. Depuis quelques temps, le chirurgien faisait des gardes de nuit à l’hôpital. Certes, il faisait bien moins d’opération que lors des gardes de jours mais il avait plus de temps pour la recherche et pour réfléchir. Il y avait également l’avantage des urgences et donc des opérations trépignantes, bien différentes des petites tumeurs représentant près de la moitié des opérations qu’il réalisait la journée. Si il souhaitait devenir l’un des plus grands neurochirurgiens du pays, le jeune homme devait mettre toutes les chances de son côtés et cela signifiait ne se pas mettre des bâtons dans les roues. Pour accéder à la voie du succès, il fallait monter un projet de recherche et parvenir à faire une découverte monumentale. Les gardes de nuit à l’hôpital étaient le moment idéale pour mettre au point ce projet.

Il fallait également avouer que depuis quelques temps, le jeune homme était distrait et ne parvenait pas réellement à se concentrer. Il était perdu dans ses pensées et assez mélancolique. Les nuits solitaires à l’hôpital lui permettaient donc de faire le point sur lui-même et également de se ressaisir. Il ne devait pas se laisser abattre malgré l’élément perturbateur qui avait dérangé son quotidien quelques jours plus tôt. Il devait rester concentré sur son travail et ne pas perdre son objectif de vue. Il avait trop travaillé et été aller trop loin pour se laisser distraire et échouer maintenant. Sa réussite était tout ce qui importait. Et comme à chaque fois qu’il n’avait pas le moral, se plonger corps et âme dans le travail était la seule chose que Damian savait faire. Ce jour là, le jeune homme avait terminé sa garde de douze heures à sept heures du matin. Après avoir pris sa voiture garée dans le parking de l’hôpital, il était rentré chez lui et ne s’était pas fait prier pour aller se coucher. Il n’avait guère mis longtemps avant de s’endormir et comme chaque nuit, Julia était revenu le hanter. D’ordinaire, le jeune homme se réveillait vers 16 ou 17 heures de l’après-midi ce qui lui permettait de passer une bonne nuit de sommeil. Mais ce jour-là, il avait convenu avec sa sœur de déjeuner ensemble dans le restaurant situé près de l’hôpital. Damian n’avait donc pas eu son quota de sommeil et la douche s’était avérée obligatoire. Après avoir examiné son reflet dans le miroir et jugé qu’il n’avait pas l’air d’un zombie, Damian s’était habillé en civil. Cela ne lui arrivait que très rarement. Il passait le plus clair de son temps en blouse blanche et tenue d’hôpital et lorsqu’il rentrait chez lui ce n’était que pour enfiler un tee-shirt et un boxer. Mais pour aller au restaurant avec sa sœur, le jeune homme avait fait un effort. Il devait se faire beau pour la femme la plus importante de sa vie, la seule qui lui permettait de tenir. Anna et Damian avait toujours été très proches l’un de l’autre et il ne pouvait pas imaginer ce qu’il ferait sans elle.

Une fois prêt, le jeune homme se rendit au lieu de rendez-vous. Il était pile à l’heure convenue pour la réservation et indiqua sa présence au serveur. Très vite, il fut placé à la table réservée. Mais Anna n’était pas là. Il aurait du s’en douter. Anna avait toujours eu une fâcheuse tendance à arriver en retard à son plus grand désespoir. Damian était une personne très ponctuelle et il ne supportait pas le retard. Si ça avait été une autre personne, il serait certainement parti mais comme c’était Anna, il attendit. Il ne lui ferait même pas une réflexion sur son retard sachant que plongée le nez dans un bouquin, elle n’avait pas du voir le temps passer. Après une dizaine de minutes d’attente, il vit enfin sa sœur arriver dans le restaurant. Elle était aussi fraiche que la rosée du matin. Damian se leva pour l’accueillir et lui déposa un baiser sur la joue avant de se rassoir. « Je pourrai te retourner le compliment Nana » murmura t-il en utilisant le surnom qu’il lui donnait quand elle était enfant. Il savait que cela l’énervait mais il aimait la rendre folle. « Je ne pensais pas que tu avais d’autres vêtements comme je te vois toujours avec ta tenue de travail » Se moqua t-il en riant doucement mais son rire n’atteignit jamais ses yeux qui demeurèrent tristes et soucieux. Le visage de Damian ne trahissait jamais aucune émotion et il pouvait faire croire au bonheur alors qu’il était au quarante-sixième dessous. Tout feignait parfaitement les émotions sauf ses yeux. Il suffisait de regarder les yeux du jeune homme pour comprendre qu’il se forçait. Bien entendu, seuls ceux qui connaissaient réellement Damian savaient cela et c’était le cas d’Anna. « J’ai tout mon temps. Je vais des gardes de nuit en ce moment. J’en ai fait une hier soir donc la prochaine c’est demain. Et non, je ne veux pas de commentaire jaloux ! Tu en as assez fait ! » La chercha t-il connaissant son amour pour les gardes de nuit. Se passant une main dans les cheveux, le jeune homme prit sa carte dans ses mains pour regarder le menu. Mais Anna lui posa une nouvelle question. Etrangement, elle semblait savoir que quelque chose n’allait pas ! Mais comment faisait-elle ? Détournant le regard Damian souffla doucement pour essayer de reprendre contenance. Devait-il lui parler de ce qu’il s’était passé ? Il n’allait pas l’embêter avec ça alors qu’elle avait un examen. Si elle le loupait, il s’en tiendrait pour responsable. D’un geste de la main, il esquiva sa question et répondit simplement « Rien de bien passionnant ! Raconte moi plutôt ce qui se passe dans la vie de ma sœur adorée. Etre interne c’est beaucoup plus intéressant que ma vie de titulaire assommant. ». Damian espérait sincèrement qu’elle ne se rende pas compte de son manège et passe outre son mensonge. Il était clair que si elle avait compris que quelque chose le tracassait et qu’elle insistait pour savoir ce qui se passait, il ne pourrait pas lui cacher. La vérité sortirait de sa bouche sans qu’il ne puisse la retenir. Mais il avait essayé de noyer le poisson et il était presque sûr que ça serait suffisant. Non ?
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MessageSujet: Re: as long as you're here with me ※ DAMIAN Hier à 21:22

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La famille était quelque chose d'assez particulier pour Anna Morello. Elle croyait en les liens du sang, en l'importance que les personnes partageant les mêmes origines qu'elle pouvait avoir dans son existence, mais pour autant, elle n'était pas dépendante d'eux. Elle avait réussi pendant presque dix ans à vivre éloignée des siens. Elle avait quitté ses amis, sa famille, toutes les personnes les plus proches d'elle et ayant la plus grande place dans sa vie. Pour sa propre ambition, pour suivre son propre chemin, elle était partie, elle avait tout laissé derrière elle sans se retourner. Parce qu'à ses yeux il n'y avait que de cette façon qu'elle pouvait parvenir à s'épanouir. Il n'y avait qu'en quittant tout le monde, qu'en prenant une autre direction là où son père était moins connu qu'elle était capable d'exister pour celle qu'elle était. Et toutes ces années à Baltimore ou en Afrique lui avaient été bénéfiques. C'était durant tout ce temps qu'elle avait appris, qu'elle était devenue celle qu'elle était. Elle n'avait aucun regret quant à tous ces mois. Elle était fière de celle qu'elle était à présent. Elle s'était affirmée et même si ce n'était pas l'âge qui parlait, elle savait aussi qu'elle s'était assagie. Elle avait trouvé un équilibre, une harmonie entre ses obligations et ses désirs, une paix intérieure qui lui permettait d'envisager chaque jour comme une belle journée. L'optimisme était fréquent chez la jeune femme, elle avait toujours préféré choisir la voie de la positive attitude, imaginant que l'avenir était lumineux plutôt que la direction de l'obscurité. Elle aimait croire que c'était ce qui engendrait de bonnes nouvelles, qu'en prenant soin de son propre bonheur et de celui des autres, elle allait forcément mieux. Malgré tout, elle restait comme tout le monde, il y avait des moments où elle perdait le nord, où elle se laissait gagner par des tourments ou une mauvaise humeur ambiante, mais elle cherchait à ne pas laisser des instants de ce type devenir trop fréquents. Et quand elle se tenait loin de sa mère et de sa soeur, elle y arrivait d'autant mieux. Depuis toujours, elle était faite pour être plus proche des hommes Morello plutôt que des femmes censées lui ressembler. Toutes les trois, elles étaient terriblement différentes, n'ayant ni les mêmes idées, ni les mêmes convictions. Plus Anna avait vieilli, plus la distance s'était installée entre elle, Gabriella et leur mère, les deux dernières étant particulièrement proches. En pleine mission humanitaire en Afrique, elle n'avait même pas assisté au mariage de son aînée. On lui avait demandé de venir, mais face à une épidémie que les médecins de son camp devaient contenir, elle avait pris la décision de ne pas rentrer aux Etats-Unis. Elle n'avait pas oublié les reproches qu'on avait pu lui lancer, la déception de sa mère lui reprochant de ne pas avoir fait d'efforts, d'avoir préféré sa carrière à l'union familiale. Celle-ci ne pouvait pas comprendre, car elle n'était pas comme elle, elle ne rêvait pas de sauver des vies. Heureusement son père et Damian ne lui en avaient pas tenu rigueur, et quand elle leur avait annoncé quelques semaines plus tard que l'équipe dans laquelle elle se trouvait était parvenue à contenir la maladie qui tuait des dizaines de vie, ils avaient été les seuls à s'enthousiasmer devant cette nouvelle.  Peut-être parce qu'ils étaient les plus à mêmes de la comprendre, et que pendant toutes ses études de médecine, ils avaient été présents à distance pour elle. Ils avaient été à ses côtés en lui envoyant de bonnes ondes avant des examens importants, en l'aidant autant qu'ils le pouvaient. Et chaque fois qu'elle faisait le trajet jusqu'à Los Angeles, ils lui montraient qu'ils étaient fiers d'elle. C'était tout ce dont elle avait besoin d'entendre et elle n'avait pas nécessairement eu besoin d'être collée à eux pour garder un lien avec son grand frère et son paternel. Il en était de même pour Liv et Jay. La distance n'avait guère été un frein aux amitiés qu'ils partageaient. Tout le temps qui s'était écoulé n'avait pas changé le fait qu'ils restaient ses deux meilleurs amis. Il n'y avait que les amitiés les plus fragiles qui étaient incapables de résister, et elle était heureuse de constater que les siennes avaient survécu. Maintenant qu'elle était de retour dans sa ville natale, elle pouvait en profiter pour retrouver les siens. Ceux avec lesquels elle n'avait pas pu s'asseoir autour d'un verre dans un bar, avec qui elle n'avait pas pu regarder un film au cinéma en mangeant du pop corn ou ceux avec qui elle n'avait pas pu prendre le temps de discuter pendant des heures entières. Et si elle gardait un emploi du temps difficile en tant qu'interne à l'hôpital, elle savourait le fait de ne pas être de garde pour rejoindre Damian pour déjeuner. Comme d'ordinaire, elle était en retard, se doutant qu'il devait bouillir intérieurement en l'attendant. A ce niveau ils étaient différents, elle était souvent la dernière arrivée tandis qu'il préférait être en avance. En arrivant au restaurant, elle s'empressa de le rejoindre, le saluant en affichant un beau sourire à son encontre, toujours heureuse à l'idée de manger avec lui. Car ils avaient beau vivre dans la même ville, il était parfois difficile pour eux de prendre le temps de se retrouver autre part qu'à l'hôpital. Observant son frère, elle ne put s'empêcher de lui lancer un compliment sincère. La blouse blanche avait son charme et devait plaire aux patientes, elle en était certaine, mais elle aimait aussi le voir ainsi, à l'extérieur de ce grand bâtiment où ils passaient la plupart de leurs journées. « Je pourrai te retourner le compliment Nana », elle ne savait plus depuis quand elle n'avait pas entendu ce surnom sortir de la bouche de Damian, lui qui avait pour habitude quand ils étaient encore enfants de l'appeler toujours de cette manière. Tandis que maintenant quand ils se croisaient lors d'urgences à l'hôpital, ils se devaient de rester professionnels. « Je ne pensais pas que tu avais d’autres vêtements comme je te vois toujours avec ta tenue de travail », parfois elle venait elle-même à l'oublier, terriblement habituée à passer tout son temps dans sa blouse blanche. C'était d'ailleurs ce qui l'obligeait à profiter de chaque heure de repos pour s'habiller autrement. « J'allais te dire la même chose. A croire que bientôt on va devenir médecin 24 heures sur 24 », répondit-elle en adressant un regard à son frère. Ils n'en étaient certainement pas loin, la jeune femme ne souhaitant même pas compter le nombre d'heures qu'elle pouvait passer dans les couloirs de l'hôpital chaque semaine. Beaucoup trop, mais elle ne s'en plaignait pas car elle aimait ce qu'elle faisait et pour rien au monde elle ne souhaitait échanger sa place contre une autre. Néanmoins, même si elle avait la médecine dans le sang, si elle était capable d'y penser chaque seconde, elle préférait encore plus l'idée d'avoir une après midi complète avec son aîné. « J’ai tout mon temps. Je fais des gardes de nuit en ce moment. J’en ai fait une hier soir donc la prochaine c’est demain. Et non, je ne veux pas de commentaire jaloux ! Tu en as assez fait ! », un rire sonore s'échappa de sa gorge pour se perdre dans l'air. Il la connaissait bien et elle ne pouvait pas cacher qu'elle était assez envieuse de Damian qui avait la chance d'avoir les gardes qu'elle désirait. Le privilège du titulaire, qu'elle n'obtiendrait pas tout de suite, mais auquel elle avait hâte de goûter. « Tu n'es même pas drôle, tu pourrais faire un effort pour ta soeur adorée ! », rétorqua-t-elle en faisant mine de lui adresser un air mécontent. Attrapant la carte entre ses mains, elle laissa son regard se poser plus longuement sur les traits de Damian, observant les expressions se perdant dans ses yeux. Elle le connaissait assez pour savoir quand quelque chose ne semblait pas aller et elle avait cette sensation qui la gagnait, cette intuition qui lui criait qu'il était perturbé par quelque chose. Ce genre de quelque chose qu'il aimait cacher et dont il avait souvent peur de parler. « Rien de bien passionnant ! Raconte moi plutôt ce qui se passe dans la vie de ma sœur adorée. Etre interne c’est beaucoup plus intéressant que ma vie de titulaire assommant. », elle n'aimait pas la réponse qu'il lui offrait, voyant bien la technique de fuite qu'il lui offrait pour ne pas avoir à répondre à sa question. Le visage un peu fermé et légèrement contrarié, elle continua de le fixer, pour lui faire comprendre qu'elle n'était pas dupe. « Tu mens mal, tu mentais déjà mal quand tu faisais croire plus petit que tu n'avais pas volé mes biscuits tu sais », dit-elle d'une voix plus franche et moins joviale. Elle ne cherchait pas à ce qu'il se braque ou à se disputer avec lui, mais il connaissait assez sa franchise pour savoir qu'elle ne prenait jamais de chemin dévié pour parler ouvertement. Malgré tout pour lui montrer qu'elle n'était pas fâchée, elle lui lança un petit sourire rassurant. « Si tu penses que la vie d'interne c'est passionnant, tu as dû oublier tes années en tant qu'interne. Tout le monde stresse pour les examens pour devenir résidents, et ça s'est transformé en feux de l'amour entre les internes ces derniers temps », expliqua-t-elle en pensant à toutes les histoires qu'il pouvait y avoir au sein de l'équipe d'internes. Des ruptures, des disputes, des pleurs, elle avait cessé de s'y intéresser, se sentant totalement dépassée par tout ceci. Elle n'était pas comme tous les autres de sa promotion, elle ne passait toutes ses soirées à faire la fête ou à coucher avec n'importe qui, elle ne couchait qu'avec une unique personne et dans les faits cela était déjà bien trop. Mais cela, Damian ne le savait pas.

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